Il y a chez Véronique Sablery une appropriation de ce que l’œil capture comme le diaphragme d’un appareil constamment ouvert sur l’extérieur. Les ciels lui sont propices, qu’ils soient réels ou peints comme le trompe l’œil du plafond du théâtre de Lisieux enguirlandé de roses. Sa passion pour l’élévation et l’ascension lui fait rencontrer les anges, les joufflus de ce même plafond auxquels ne manquent que des ailes pour nous entraîner dans un espace de liberté absolue. Les papillons, natures fragiles, libres et graciles lui prêteront leurs parures pour les emporter et nous avec dans cette proposition d’une lumineuse évidence. Présente également à cette exposition, la parure dont se revêtent des jeunes filles posant devant une œuvre peinte, comme ce plafond qui nous aspire, mais là c’est au Musée des Beaux Arts de Caen que nous transporte Véronique Sablery. Ici la lumière difracte le corps habillé d’un vêtement confectionné par celle qui le porte devant une œuvre choisie par celle-ci. Ainsi cette double peau, par le mouvement imposé, imprime à la photo et à l’œuvre exposée derrière, une envolée, là encore, vers un espace de lumière immanent.
Et puis il y a les bouquets photographiés sur verre, la matière privilégiée de l’artiste, dont les vases sont d’une telle transparence que le ciel tout entier est contenu dedans.
Ainsi dans les trois propositions donnant lieu à cette exposition les thèmes majeurs de Véronique Sablery se retrouvent. L’apesanteur, l’immatérialité, le mouvement, la peau, la transparence. Ainsi elle ouvre et enferme, puisque tout est sujet à l’ombre obligée. Mais elle ouvre de nouveau aussi vrai que le noir appelle la lumière, la pesanteur, l’apesanteur, l’opaque, la transparence, le vêtement la peau.

Eric Louviot, 2014

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