Effacements

C’est en découvrant la fresque du Lavement des pieds dans la salle capitulaire de l’abbaye de HAMBYE que c’est ordonné mon travail. De cette scène biblique au cours de laquelle le Christ lave les pieds des apôtres, il ne reste que des fragments. Les corps des différents personnages ont en partie disparu, seuls leurs pieds demeurent. C’est autour de cet effacement partiel, de ces corps fragmentés, volatilisés, subtilisés, que s’organise le dispositif d’exposition que je propose aux visiteurs. L’effacement agit ici comme révélateur d’une présence d’autant plus forte qu’elle est allusive. L’effacement s’opère au profit d’un vide. Le vide laissé par les corps disparus mais dont la présence demeure, - les pieds encore visibles en sont ici le garant- .
C’est de cela que je veux témoigner, de cette absence de corps dont le vide est plein, plein d’une forme effacée qui ne demande qu’à réapparaître.
N’est-ce pas là la fonction du peintre, guider le regardeur, orienter son regard vers une forme révélée, dont le dessin est conçu pour signaler une présence ?
Sur la fresque de la salle capitulaire de l’abbaye de HAMBYE, ce que l’effacement rend visible, c’est l’immatérialité d’un corps qui fut pourtant présent, le dessin des pieds encore apparent l’atteste.
L’effacement est aussi, symboliquement, au cœur de cette scène biblique du lavement des pieds.
C’est un acte d’humilité qu’accomplit le Christ en lavant les pieds des apôtres. La scène se passe pendant le temps de Pâques. Jésus sachant que le moment est proche pour lui de passer de ce monde à son père, entreprit au cours d’un repas de laver les pieds de ses apôtres. Lorsqu’il eu terminé, il leur dit : « Comprenez-vous ce que je viens de faire ? Vous m’appelez Maître et Seigneur et vous avez raison car vraiment je le suis. Si donc moi, votre Seigneur et Maître je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. » Evangile de Jean 13, 12-15
Acte d’humilité, donc, du fils de Dieu qui s’efface devant ses fidèles compagnons pour accomplir un geste de reconnaissance et d’amour.
Le même geste du lavement des pieds fut accompli quelque temps plus tôt par une femme Marie-Madeleine, au cours d’un repas chez Simon le pharisien où, découvrant le Christ, elle se précipite vers lui pour lui baigner les pieds de ses larmes, et les essuyer avec ses cheveux.

Le sens du mot effacement ne se restreint donc pas à qualifier ce qui disparaît, mais comprend aussi une dimension spirituelle qui implique un acte d’humilité motivé par la conviction de l’existence de l’autre et sa reconnaissance.

Il y a bien alors des effacements, qui dans tous les sens du terme donnent à voir ce qui se trans-forme : effacement de la forme au profit de la trace (sur la fresque, seuls les pieds demeurent), effacement de la personne au profit de son acte (humilité du geste du lavement). Ces effacements ont un point commun : mettre en évidence la présence, celle qui dépasse la simple apparence formelle.

Véronique Sablery, Janvier 2007

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