Véronique Sablery

J'ai rencontré le verre, voici quelques années, en effectuant un travail, à partir du mythe de Narcisse, sur le visage et le reflet, avec tous les phénomènes de surface que cela met en jeu. Depuis je me suis attachée à ce matériau. J'ai découvert en lui un ensemble de propriétés qui sont en correspondance avec ce que je cherche : le verre est à la fois surface et profondeur, transparent et réfléchissant, fragile mais aussi très résistant...

Le travail sur Narcisse m'a amenée à essayer de mettre en évidence l'idée de temps suspendu : l'instant qui peut devenir éternité.
Cette idée est centrale dans mon travail.
Disposer des feuilles d'arbre, des algues entre deux plaques de verre, c'est une façon de faire durer un moment par définition éphémère.

Sur le verre on peut se permettre de tenter, de tester énormément de dispositions sans faire souffrir le matériau.
Quand je suis satisfaite, je fixe. Ainsi tous mes "croquis" ont été effacés, il ne reste plus que la dernière solution.
Mais le verre est aussi un matériau ingrat : quand une pièce casse... il ne reste plus rien.

Le "cadre" fait partie intégrante de l'œuvre.
La forme du verre et celle du bois dans lequel il est inséré sont entièrement interdépendantes.
Auparavant j'ai réalisé des pièces en verre "nu", adhérant au mur comme une peau.
Par le cadre de bois j'ai pu accentuer le côté architectural.

A l'origine des "roues", il y a un trou que j'ai observé, de l'intérieur, dans le toit d'un colombier : orifice rond au travers duquel je voyais les nuages en mouvement, le ciel. Le colombier était statique et tout le mouvement se passait dans cet orifice. Ensuite j'ai beaucoup dessiné autour de cette idée. Puis les roues sont venues.

Pourquoi les algues ?
Il était tentant d'associer l'élément aquatique et végétal au verre : transparence, reflet, suggestion de la profondeur.
Les algues semblent flotter, en suspens.

J'ai souvent utilisé la forme en demi-cercle car c'est une forme statique qui évoque la volume et comporte une idée d'élévation.

Je crois que je fais des architectures qui se regardent, dans lesquelles on peut se voir, où le spectateur s'inclut. Une œuvre d'art doit amener à la contemplation, sorte de dilatation du temps propice à toutes correspondances.

Propos recueillis par P. Cotensin. Janvier 1990

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